Célébration de la Journée nationale des peuples autochtones : entretien avec l'artiste du Doodle Nico Williams
Aujourd'hui, la page d'accueil de Google affiche un Doodle unique en l'honneur de la Journée nationale des peuples autochtones, conçu par Nico Williams, un artiste anishinaabe établi à Montréal. Originaire de la Première Nation d'Aamjiwnaang (située dans le sud-ouest de l'Ontario, au Canada) — Aamjiwnaang (qui se prononce « am-JIN-nun ») signifie « au ruisseau de frai » —, la pratique de Nico est profondément ancrée dans la sculpture de perlage géométrique, combinant la pratique artistique traditionnelle avec des objets et des paysages modernes.
Nous avons rencontré Nico pour discuter de son parcours artistique, de l'inspiration derrière le Doodle de cette année et de ce que cette journée représente pour lui.
Q : Parlez-nous un peu de votre parcours artistique et de la façon dont vous avez commencé, plus particulièrement avec le perlage géométrique.
Nico : Mon parcours a commencé en 2017. À l'époque, je ne savais pas trop ce que l'« art » pouvait m'apporter. J'ai fait une demande de subvention de création, ce qui m'a ouvert une porte incroyable : ma première exposition solo à la Fondation culturelle ojibwée, sur l'île Manitoulin. C'est vraiment là que tout a commencé.
Mon arrière-grand-mère Gertrude Bresette (Wiiwkwedong, Première Nation de Kettle Point) fabriquait des paniers de Kettle Point, dans la région du lac Huron. Même si j'ai d'abord essayé de faire de la vannerie, j'ai fini par tisser des formes géométriques. Par la suite, j'ai rejoint l'équipe de recherche de Contemporary Geometric Beadwork, ce qui m'a même mené à quelques sessions au MIT (Massachusetts Institute of Technology). Ce fut une expérience formidable pour tisser des liens avec d'autres personnes qui pratiquent le perlage géométrique.
Dans mon travail quotidien en atelier, j'adore prendre des objets de tous les jours très modernes — comme des billets de loterie, des boîtes de livraison Amazon ou du ruban de chantier — et les perler. Mon but est vraiment de mettre en valeur les magnifiques créations que nos ancêtres conçoivent depuis très longtemps. Pour moi, c'est tellement significatif d'intégrer cet artisanat traditionnel à l'art contemporain.
Q : Qu'est-ce qui vous a inspiré pour le design du Doodle de Google cette année?
Nico : Le concept est fortement inspiré de la région des Grands Lacs et de l'iconographie traditionnelle anishinaabe. Les lettres du Doodle sont sculptées dans des tons de bleu profond et de bleu marine pour refléter l'abondance d'eau douce dans les territoires autochtones partagés entre le Canada et les États-Unis d'Amérique. Nous sommes entourés par les plus grands plans d'eau douce au monde, et je voulais que la palette de couleurs célèbre cette richesse.
Les pictogrammes orange vif à l'intérieur des lettres de Google représentent l'art rupestre des Grands Lacs, mettant en scène des créations ancestrales comme (G) Mishipeshu, la panthère d'eau ; (O) les oiseaux-tonnerre ; (O) Nanabozho, le grand farceur ; (G) Ajijaak, la Grue du Canada ; (L) les esprits de l'eau ; et (E) un canot d'écorce de bouleau sous un soleil. C'est la saison des lacs, après tout. J'ai aussi inclus du travail en piquants de porc-épic ojibwé et intégré des motifs géométriques issus des traditions artisanales ojibwées, en m'inspirant particulièrement des motifs géométriques régionaux de wapitis et de caribous, ainsi que des éléments de sculpture sur bois, d'écorce de bouleau et des traditions liées au calumet de la paix. C'est un mélange de sculpture sur bois, d'écorce de bouleau et de perlage méticuleux.
Q : Le 21 juin, votre Doodle sera vu par les Canadiens d'un océan à l'autre. Qu'est-ce que cela représente pour vous de voir votre art porter votre histoire et votre message à une telle échelle?
Nico : C'est un immense honneur d'avoir cette visibilité pour faire rayonner le travail minutieux et rigoureux du patrimoine anishinaabe et de l'art contemporain, et de partager notre culture sur la scène nationale.
Je veux montrer comment nous pouvons faire écho aux œuvres créées par nos ancêtres, comme les pétroglyphes et l'art rupestre, et transposer ces pratiques traditionnelles sous un jour contemporain, nouveau et dynamique.
Q : La Journée nationale des peuples autochtones a une longue histoire au Canada. Que représente cette journée pour vous personnellement?
Nico : Cette journée a d'abord été proclamée Journée nationale de solidarité autochtone en 1996. Alors que nous approchons de son 30e anniversaire, elle demeure un moment incroyablement important pour réfléchir à la beauté de la culture, de l'histoire et des territoires qui nous entourent.
Pour ma part, ma nation d'origine, Aamjiwnaang, était historiquement une nation neutre en période de conflit. Dans cet esprit, je crois que cette journée est synonyme d'harmonie, de neutralité et de rapprochement. C'est un moment pour apprécier la terre, l'eau et les cultures vibrantes qui ont été préservées ici depuis des générations.
Q : Qu'espérez-vous que les Canadiens retiennent de votre Doodle et de cette journée?
Nico : J'espère que cela apportera de la joie aux gens ! Mais au-delà de cela, j'espère que cela piquera leur curiosité et les incitera à s'informer. J'aimerais que les gens regardent les motifs géométriques et qu'ils aient envie d'en apprendre davantage sur les pétroglyphes, le perlage, la fabrication de boîtes en piquants de porc-épic, la vannerie, ainsi que sur le temps immense, l'amour et le souci du détail que les artisans autochtones consacrent à leurs œuvres.
J'espère que cela incitera les Canadiens à sortir, à apprécier la beauté de l'eau et de la nature qui les entourent, et à prendre un moment pour réfléchir sincèrement aux histoires autochtones des terres sur lesquelles ils se trouvent et leur rendre hommage.